Lettre à Christophe de Beaumont in Du Contrat social ou Principes du droit politique. Discours sur les sciences et les arts 3 Discours sur l'origine de l'inégalité parmi les hommes / Lettre à M. D'Alembert / Considérations sur le gouvernement de Pologne / Lettre à Monseigneur de Beaumont,
p. 471
« J'ai cherché la vérité dans les livres : je n'y ai trouvé que le mensonge et l'erreur. »
Cited in De la grammatologie p.188
Tristes Tropiques
1955
p. 344
Comme il le notera quelque cent pages plus loin, « volontiers subversif parmi les siens et en rébellion contre les usages traditionnels, l'ethnographe apparaît respectueux jusqu'au conservatisme dès que la société envisagée se trouve être différente de la sienne. »
Cited in De la grammatologie p.188
Entretiens avec Claude Lévi-Strauss
1961
p. 49
la nostalgie de ce qui précède cette dégradation, l'élan affectif vers les îlots de résistance, les petites communautés qui se sont tenues provisoirement à l'abri de la corruption (cf. à ce sujet les Entretiens, p. 49)
Cited in De la grammatologie p.189
La vie familiale et sociale des Indiens Nambikwara
1948
p. 89
« Ceux qui se désolidarisèrent de leur chef après qu'il eut essayé de jouer la carte de la civilisation (à la suite de ma visite il fut abandonné de la plupart des siens) comprenaient confusément que l'écriture et la perfidie pénétraient chez eux de concert. Réfugiés dans une brousse plus lointaine, ils se sont ménagé un répit. » (L'épisode de cette résistance est aussi raconté dans la thèse p. 89.)
Cited in De la grammatologie p.189
Tristes Tropiques
1955
p. 267
« Sans doute les dés sont-ils jetés [il s'agit de l'évolution fatale dans laquelle sont déjà entraînés les peuples qui jusqu'ici étaient à l'abri de l'écriture : constat plus fataliste que déterministe. La concaténation historique est pensée sous le concept de jeu et de hasard. Il faudrait étudier la métaphore si fréquente de joueur dans les textes de Lévi-Strauss]. Mais dans mon village nambikwara, les fortes têtes étaient tout de même les plus sages » (Nous soulignons).
Cited in De la grammatologie p.189
Tristes Tropiques
1955
p. 267
« Ceux qui se désolidarisèrent de leur chef après qu'il eut essayé de jouer la carte de la civilisation (à la suite de ma visite il fut abandonné de la plupart des siens) comprenaient confusément que l'écriture et la perfidie pénétraient chez eux de concert. Réfugiés dans une brousse plus lointaine, ils se sont ménagé un répit. » (L'épisode de cette résistance est aussi raconté dans la thèse p. 89.)
Cited in De la grammatologie p.189
La vie familiale et sociale des Indiens Nambikwara
1948
p. 87
« Et le chef doit déployer un talent continuel, qui tient plus de la politique électorale que de l'exercise du pouvoir, pour maintenir son groupe, et, si possible, l'accroître par de nouvelles adhésions. La bande nomade représente en effet une unité fragile. Si l'autorité du chef se fait trop exigeante, s'il accapare un trop grand nombre de de femmes, s'il n'est pas capable, aux périodes de disette, de résoudre les problèmes alimentaires, des mécontentements se créent, des individus ou des familles font scission et vont s'agglomérer à une bande apparentée dont les affaires apparaissent mieux conduites : mieux nourrie grâce à la découverte d'emplacements de chasse ou de cueillette, ou plus riche par des échanges avec de groupes voisins, ou plus puissante après des guerres victorieuses. Le chef se trouve alors à la tête d'un groupe trop restreint, incapable de faire face aux difficultés quotidiennes, ou dont les femmes sont exposées à être ravies par des voisins plus forts, et il est obligé de renoncer à son commandement, pour se rallier, avec ses derniers fidèles, à une faction plus heureuse : la société Nambikwara est ainsi dans un perpétuel devenir ; des groupes se forment, se défont, grossissent et disparaissent et, à quelques mois de distance parfois, la composition, le nombre et la répartition des bandes devient méconnaissables. Toutes ces transformations s'accompagnent d'intrigues et de conflits, d'ascensions et de décadences, le tout se produisant à un rythme extrêmement rapide. »
Cited in De la grammatologie p.190
Anthropologie structurale
1958
pp. 400-401
« … à cet égard, ce sont les sociétés de l'homme moderne qui devraient plutôt être définies par un caractère privatif. Nos relations avec autrui ne sont plus, que de façon occasionnelle et fragmentaire, fondées sur une expérience globale, cette appréhension concrète d'un sujet par un autre. Elles résultent, pour une large part, de reconstructions indirectes, à travers des documents écrits. Nous sommes reliés à notre passé, non plus par une tradition orale qui implique un contact vécu avec des personnes – conteurs, prêtres, sages ou anciens –, mais par des livres entassés dans des bibliothèques et à travers lesquels la critique s'évertue – avec quelles difficultés – à reconstituer le visage de leurs auteurs. Et sur le plan du présent, nous communiquons avec l'immense majorité de nos contemporains par toutes sortes d'intermédiaires – documents écrits ou mécanismes administratifs – qui élargissent sans doute immensément nos contacts, mais leur confèrent en même temps un caractère d'inauthenticité. Celui-ci est devenu la marque même des rapports entre le citoyen et les Pouvoirs. Nous n'entendons pas nous livrer au paradoxe, et définir de façon négative l'immense révolution introduite par l'invention de l'écriture. Mais il est indispensable de se rendre compte qu'elle a retiré à l'humanité quelque chose d'essentiel, en même temps qu'elle lui apportait tant de bienfaits » (p. 400-402. Nous soulignons).
Cited in De la grammatologie p.191
La vie familiale et sociale des Indiens Nambikwara
1948
p. 124
« Une délégation de quatre hommes vint me trouver et, sur un ton assez menaçant, me demander de mêler du poison (que l'on m'apportait en même temps) au prochain plat que j'offrirais à A 6 ; on estimait indispensable de le supprimer rapidement, car, me dit-on, il est "très méchant" (kakore) "et ne vaut rien du tout" (aidotiene) » (p. 124).
Cited in De la grammatologie p.191
La vie familiale et sociale des Indiens Nambikwara
1948
p. 126
« Nous avons décrit la tendre camaraderie qui préside aux rapports entre les sexes, et l'harmonie générale, qui règne au sein des groupes. Mais dès que ceux-ci s'altèrent, c'est pour faire place aux solutions les plus extrêmes : empoisonnements et assassinats… Aucun groupe sud-américain, à notre connaissance, ne traduit, de façon aussi sincère et spontanée… des sentiments violents et opposés, dont l'expression individuelle semble indissociable d'une stylisation sociale qui ne les trahit jamais » (p. 126. Cette dernière formule n'est-elle pas applicable à tout groupe social en général ?).
Cited in De la grammatologie p.191
Anthropologie structurale
1958
pp. 402-403
« Si l'on considère avec attention les points d'insertion de l'enquête anthropologique, on constate, au contraire, qu'en s'intéressant de plus en plus à l'étude des sociétés modernes, l'anthropologie s'est attachée à y reconnaître et à y isoler des niveaux d'authenticité. Ce qui permet à l'ethnologue de se trouver sur un terrain familier quand il étudie un village, une entreprise, ou un « voisinage » de grande ville (comme disent les Anglo-Saxons : neighbourhood), c'est que tout le monde y connaît tout le monde, ou à peu près... ». « L'avenir jugera sans doute que la plus importante contribution de l'anthropologie aux sciences sociales est d'avoir introduit (d'ailleurs inconsciemment) cette distinction capitale entre deux modalités d'existence sociale : un genre de vie perçu à l'origine comme traditionnel et archaïque, qui est avant tout celui des sociétés authentiques ; et des formes d'apparition plus récente, dont le premier type n'est certainement pas absent, mais où des groupes imparfaitement et incomplètement authentiques se trouvent organisés au sein d'un système plus vaste, lui-même frappé d'inauthenticité » (pp. 402-403).
Cited in De la grammatologie p.192
Essai sur l'origine des langues
1817
« Les langues se forment naturellement sur les besoins des hommes ; elles changent et s'altèrent selon les changements de ces mêmes besoins. Dans les anciens temps, où la persuasion tenait lieu de force publique, l'éloquence était nécessaire. A quoi servirait-elle aujourd'hui, que la force publique supplée à la persuasion ? L'on n'a besoin ni d'art ni de figure pour dire, tel est mon plaisir. Quels discours restent donc à faire au peuple assemblé ? des sermons. Et qu'importe à ceux qui les, font de persuader le peuple, puisque ce n'est pas lui qui nomme aux bénéfices ? Les langues populaires nous sont devenues aussi parfaitement inutiles que l'éloquence. Les sociétés ont pris leur dernière forme : on n'y change plus rien qu'avec du canon et des écus ; et comme on n'a plus rien à dire au peuple, sinon, donnez de l'argent, on le dit avec des placards au coin des rues, ou des soldats dans les maisons. Il ne faut assembler personne pour cela : au contraire, il faut tenir les sujets épars ; c'est la première maxime de la politique moderne... Chez les anciens on se faisait entendre aisément au peuple sur la place publique ; on y parlait tout un jour sans s'incommoder... Qu'on suppose un homme haranguant en français le peuple de Paris dans la place Vendôme : qu'il crie à pleine tête, on entendra qu'il crie, on ne distinguera pas un mot... Si les charlatans des places abondent moins en France qu'en Italie, ce n'est pas qu'en France ils soient moins écoutés, c'est seulement qu'on ne les entend pas si bien... Or, je dis que toute langue avec laquelle on ne peut se faire entendre au peuple assemblé est une langue servile : il est impossible qu'un peuple demeure libre et qu'il parle cette langue-là » (Chap. XX, Rapport des langues aux gouvernements).
Cited in De la grammatologie p.193
La pensée sauvage
1962
p. 32
En ce sens, le passage du désir au discours se perd toujours dans le bricolage, il bâtit ses palais avec des gravats (« La pensée mythique... bâtit ses palais idéologiques avec les gravats d'un discours sol ancien ». La pensée sauvage, p. 32).
Cited in De la grammatologie p.194
Le cru et le cuit
1964
p. 35
Servant le même désir obstiné dans lequel l'ethnologue « met toujours quelque chose de soi », cet outil doit composer avec d'autres « moyens du bord ». Car l'ethnologue se veut aussi freudien, marxiste (d'un « marxisme », on s'en souvient, dont le travail critique ne serait ni en « opposition » ni en « contradiction » avec « la critique bouddhiste ») et il se dit même tenté par le « matérialisme vulgaire ».
Cited in De la grammatologie p.194
Réponses à quelques questions
1963
p. 652
Servant le même désir obstiné dans lequel l'ethnologue « met toujours quelque chose de soi », cet outil doit composer avec d'autres « moyens du bord ». Car l'ethnologue se veut aussi freudien, marxiste (d'un « marxisme », on s'en souvient, dont le travail critique ne serait ni en « opposition » ni en « contradiction » avec « la critique bouddhiste ») et il se dit même tenté par le « matérialisme vulgaire ».
Cited in De la grammatologie p.194
Émile ou de l'éducation
1966
Que de voix vont s'élever contre moi ! J'entends de loin les clameurs de cette fameuse sagesse qui nous jette incessamment hors de nous, qui compte toujours le présent pour rien, et, poursuivant sans relâche un avenir qui fuit à mesure qu'on avance, à force de nous transporter où nous ne sommes pas, nous transporte où nous ne serons jamais.
Cited in De la grammatologie p.197