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doi:10.34770/yw3y-ze12
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-381 1967
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1944 1991

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Émile ou de l'éducation

Jean-Jacques Rousseau

1966

« Pour empêcher la pitié de dégénérer en faiblesse, il faut donc la généraliser et l'étendre sur tout le genre humain. Alors on ne s'y livre qu'autant qu'elle est d'accord avec la justice, parce que, de toutes les vertus, la justice est celle qui concourt le plus au bien commun des hommes. Il faut par raison, par amour pour nous, avoir pitié de notre espèce encore plus que de notre prochain ; et c'est une très grande cruauté envers les hommes que la pitié pour les méchants » (pp. 303-304).

Cited in De la grammatologie p.261

Footnote

Essai sur l'origine des langues

Jean-Jacques Rousseau

1817

L'unité littérale de cette doctrine de la pitié se confirme encore si l'on met côte à côte ces quatre passages : « La pitié, bien que naturelle au cœur de l'homme, resterait éternellement inactive sans l'imagination qui la met en jeu. Comment nous laissons-nous émouvoir à la pitié ? En nous transportant hors de nous-même ; en nous identifiant avec l'être souffrant. Nous ne souffrons qu'autant que nous jugeons qu'il souffre ; ce n'est pas dans nous, c'est dans lui que nous souffrons. » (Essai).

Cited in De la grammatologie p.262

Footnote

Essai sur l'origine des langues

Jean-Jacques Rousseau

1817

« Qu'on songe combien ce transport suppose de connaissances-acquises. Comment imaginerai-je des maux dont je n'ai nulle idée ? Comment souffrirais-je en voyant souffrir un autre, si je ne sais pas même qu'il souffre, si j'ignore ce qu'il y a de commun entre lui et moi ? Celui qui n'a jamais réfléchi ne peut être ni clément, ni juste, ni pitoyable ; il ne peut pas non plus être méchant et vindicatif. Celui qui n'imagine rien ne sent que lui-même ; il est seul au milieu du genre humain. » (Essai.)

Cited in De la grammatologie p.262

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Footnote

Émile ou de l'éducation

Jean-Jacques Rousseau

1966

« Ainsi naît la pitié, premier sentiment relatif qui touche le cœur humain selon l'ordre de la nature. Pour devenir sensible et pitoyable, il faut que l'enfant sache qu'il y a des êtres semblables à lui qui souffrent ce qu'il a souffert, qui sentent les douleurs qu'il a senties, et d'autres dont il doit avoir l'idée, comme pouvant les sentir aussi. En effet, comment nous laissons-nous émouvoir à la pitié, si ce n'est en nous transportant hors de nous et nous identifiant avec l'animal souffrant, en quittant, pour ainsi dire, notre être pour prendre le sien ? Nous ne souffrons qu'autant que nous jugeons qu'il souffre ; ce n'est pas dans nous, c'est dans lui que nous souffrons. Ainsi nul ne devient sensible que quand son imagination s'anime et commence à le transporter hors de lui. » (Emile, p. 261.)

Cited in De la grammatologie p.262

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Footnote

Émile ou de l'éducation

Jean-Jacques Rousseau

1966

« Exposer les moyens propres à maintenir dans l'ordre de la nature, c'est dire assez comment il en peut sortir. Tant que sa sensibilité reste bornée à son individu, il n'y a rien de moral dans ses actions ; ce n'est que quand elle commence à s'étendre hors de lui, qu'il prend d'abord les sentiments, ensuite les notions du bien et du mal, qui le constituent véritablement homme et partie intégrante de son espèce. » (Emile, p. 257.)

Cited in De la grammatologie p.262

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Confessions in Oeuvres complètes de J.-J. Rousseau, vol. I

Jean-Jacques Rousseau

p. 560

« Outre ces deux livres et mon Dictionnaire de Musique, auquel je travaillais toujours de temps en temps, j'avais quelques autres écrits de moindre importance, tous en état de paraître et que je me proposais de donner encore, soit séparément, soit avec mon recueil général si je l'entreprenais jamais. Le principal de ces écrits dont la plupart sont encore en manuscrit dans les mains de Du Peyrou, était un Essai sur l'origine des langues que je fis lire à M. de Malesherbes et au chevalier de Lorenzy, qui m'en dit du bien. Je comptais que toutes ces productions rassemblées me vaudraient au moins tous frais faits un capital de huit à dix mille francs, que voulais placer en rente viagère tant sur ma tête que sur celle de Thérèse ; après quoi nous irions, comme je l'ai dit, vivre ensemble au fond de quelque Province... » (P. 560.)

Cited in De la grammatologie p.263

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Citation

Confessions in Oeuvres complètes de J.-J. Rousseau, vol. I

Jean-Jacques Rousseau

p. 1548

Malesherbes lui avait conseillé de publier l'Essai à part.

Cited in De la grammatologie p.263

Citation

Le 'système' de Jean-Jacques Rousseau

Alfred Espinas

1895

La polémique avait été ouverte par Espinas.

Cited in De la grammatologie p.263

Citation

Questions de chronologie rousseauiste

Pierre-Maurice Masson

1913

p. 37

Du point de vue externe, le problème paraît donc simple et nous pouvons le considérer comme clos depuis près d'un demi-siècle, par Masson, dans un article de 1913.

Cited in De la grammatologie p.263

Footnote

La vie et les œuvres de Jean-Jacques Rousseau

Henri Beaudouin

1891

pp. 323-324

C'était aussi la conclusion de H. Baudouin (La vie et les œuvres de Jean-Jacques Rousseau, Paris, 1891). La page qu'il consacre à l'Essai laisse entrevoir ce que pouvait être alors la lecture de Rousseau et notamment de l'Essai, et permet de mesurer le chemin à parcourir : « Entre le Discours sur les Sciences et le Discours sur l'inégalité, on doit placer l'Essai sur l'Origine des langues. Rousseau lui donna aussi le titre d'Essai sur le Principe de la mélodie. Il y traite également en effet du langage et de la musique ; ce qui ne l'empêche pas d'y parler beaucoup aussi de la société et de ses origines... La date où il fut composé n'est même pas parfaitement connue ; mais elle est suffisamment indiquée par le contexte. Les passages où Rousseau y parle du rôle pernicieux des arts et des sciences montrent que son opinion était alors arrêtée sur ce point ; or on sait qu'il hésitait encore au moment de composer son discours. Il ne fit donc l'Essai que postérieurement. D'un autre côté, il est facile de voir qu'il n'avait pas encore sur la société les idées radicales qu'il professa dans son livre sur l'Inégalité (La citation de la Lettre sur les spectacles, dans une note du ch. 1er, n'est pas une objection bien sérieuse. Rien de plus simple, en effet, qu'une note ajoutée après coup). Tel qu'il est, l'Essai offre un mélange assez singulier de vrai et de faux, de retenue et d'audace. La méthode y est constamment hypothétique, les preuves nulles, les doctrines sur la société pour le moins médiocres. Souvent on se croirait en pleine Inégalité : même style, même coupe de phrase, mêmes procédés d'examen, même enchaînement de raisonnements et d'idées. Mais au milieu de tout cela, il y a de telles réserves dans les conclusions, un tel respect pour l'Ecriture Sainte et la tradition, une telle foi dans la Providence, une telle horreur pour les philosophes matérialistes que, pour ainsi dire, on se sent désarmé. En somme, donc, Rousseau a fait ici une œuvre de transition, qui présage le mal, plutôt qu'elle ne le produit au grand jour. Le bien qu'il y a mis eût pu le ramener à des idées plus saines, s'il en avait su tirer parti ; malheureusement aussi il y a déposé le germe des erreurs qu'il développa plus tard dans ses ouvrages subséquents. Exemple mémorable du soin qu'on doit apporter à bien orienter, en quelque sorte, son talent et sa vie, et du chemin que peut faire un principe poussé à ses conséquences extrêmes par une logique à outrance. » (T. I, pp., 323-324.)

Cited in De la grammatologie p.264

Footnote

Le 'système' de Jean-Jacques Rousseau

Alfred Espinas

1895

Cited in De la grammatologie p.265

Footnote

L'unité de la pensée de Jean-Jacques Rousseau

Gustave Lanson

1912

p. 1

Quoi qu'il en soit, de cette prétendue contradiction, Espinas ne concluait pas, comme le fera Starobinski, à l'antériorité de l'Essai. Tenant compte des citations de Duclos, il en tire la conclusion inverse : l'Essai serait postérieur au Discours. Lanson conteste alors cette interprétation.

Cited in De la grammatologie p.265

Quotation

Questions de chronologie rousseauiste

Pierre-Maurice Masson

1913

« Ces arguments sont très habiles et presque convaincants ; mais peut-être ne se sont-ils présentés à M. Lanson que dans son désir de ne pas trouver Rousseau en « contradiction » avec lui-même. Si l'Essai ne semblait pas « contredire » le second Discours, qui sait si M. Lanson en reculerait aussi loin la rédaction primitive ? Je ne veux pas ici examiner les rapports internes de l'Essai et de l'Inégalité ; à mon avis, la « contradiction » n'est pas aussi « certaine » que le juge M. Lanson entre les deux autres ouvrages. Je me bornerai à deux remarques extérieures, mais qui me paraissent décisives. 1.) Le manuscrit de l'Essai sur l'origine des langues se trouve aujourd'hui encore à la Bibliothèque de Neuchâtel, sous le n° 7835 (cinq cahiers brochés, de 150 X 230 mm, reliés avec faveur bleue). D'une très belle écriture, visiblement destiné à l'impression, il porte à sa première page : Par J.-J. Rousseau, Citoyen de Genève. C'est sans doute, la copie que transcrivit Jean-Jacques en 1761, quand il songea un instant à utiliser cet ouvrage pour répondre à « ce Rameau qui continuait à le tarabuster vilainement » (Lettre à Malesherbes, du 25.9.61). Plus tard, très vraisemblablement à Motiers, comme nous verrons, il reprit cette copie, pour la réviser et y faire quelques additions ou corrections, facilement reconnaissables, car l'encre et l'écriture sont toutes différentes. Ces variantes mériteraient d'être relevées, si j'étudiais l'Essai en lui-même ; mais je retiens seulement les corrections qui nous apportent des renseignements chronologiques. Dans la copie de 1761, le texte forme un tout : ce n'est qu'une seule dissertation ; la division en chapitres a été introduite dans la révision de Motiers. Par conséquent, ce n'est pas seulement au chapitre XX, mais à tout l'Essai que s'appliquent ces dernières lignes de l'ouvrage : « Je finirai ces réflexions superficielles, mais qui peuvent en faire naître de plus profondes, par le passage qui me les a suggérées : Ce serait la matière d'un examen assez philosophique que d'observer dans le fait, de montrer par des exemples, combien le caractère, les mœurs et les intérêts d'un peuple influent sur sa langue... ». Ce « passage » est extrait du livre de Duclos, Remarques sur la grammaire générale et raisonnée, p. 11, qui parut dans la première moitié de 1754. 2) Nous avons encore un témoignage plus formel de Rousseau lui-même. Aux environs de 1763, il songea à réunir dans un petit volume trois opuscules qu'il avait en portefeuille, savoir : L'imitation théâtrale, l'Essai sur l'origine des langues, Le Lévite d'Ephraïm. Ce recueil n'a pas vu le jour, mais il nous reste un projet de préface dans un de ses cahiers de brouillons (Mss de Neuchâtel, n° 7887 Fos 104-105). De cette préface, je néglige ce qui concerne l'Imitation théâtrale et le Lévite, et je publie le paragraphe concernant l'Essai : « Le second morceau ne fut aussi d'abord qu'un fragment du Discours sur l'inégalité, que j'en retranchai comme trop long et hors de place. Je le repris [Rousseau avait d'abord écrit : je l'achevai] à l'occasion des Erreurs de M. Rameau sur la musique — ce titre qui est parfaitement rempli par l'ouvrage qui le porte, aux deux mots près que j'ai retranchés [dans l'Encyclopédie]. Cependant, retenu par le ridicule de disserter sur les langues quand on en sait à peine une, et d'ailleurs, peu content de ce morceau, j'avais résolu de le supprimer comme indigne de l'attention du public. Mais un magistrat illustre, qui cultive et protège les lettres [Malesherbes] en a pensé plus favorablement que moi ; je soumets avec plaisir, comme on peut bien croire, mon jugement au sien, et j'essaie à la faveur des autres écrits de faire passer celui que je n'eusse peut-être osé risquer seul. » Il ne semble pas qu'aucune preuve de critique interne puisse tenir contre ce témoignage de Rousseau. L'Essai sur les langues a donc été primitivement en 1754, une longue note du second Discours ; en 1761, il est devenu une dissertation indépendante, augmentée et corrigée pour en faire une riposte à Rameau. Enfin, en 1763, cette dissertation, revue une dernière fois, a été divisée en chapitres. »

Cited in De la grammatologie p.266

Footnote

Essai sur l'origine des langues

Jean-Jacques Rousseau

1817

pp. 29-30

Dans la première rédaction, Rousseau considérait comme très probable qu'Homère ne connaissait pas l'écriture (pp. 29-30 du mss.).

Cited in De la grammatologie p.267

Footnote

Essai sur l'origine des langues

Jean-Jacques Rousseau

1817

pp. 29-30

En relisant son texte, il a barré ce passage et ajouté en marge : « N.B. Ceci est une bêtise qu'il faut ôter, puisque l'histoire de Bellérophon, dans l'Iliade même, prouve que l'art d'écrire était en usage du temps de l'auteur, mais cela n'empêcherait pas que son ouvrage ne fût chanté plutôt qu'écrit ». (Note de Masson. L'examen du manuscrit nous a paru moins fécond que ne le laisse ici entendre Masson.)

Cited in De la grammatologie p.267

Footnote

Essai sur l'origine des langues

Jean-Jacques Rousseau

1817

« Je publie le dernier texte auquel Rousseau semble s'être provisoirement arrêté, car la préface reste inachevée... Cette préface a déjà été publiée par A. Jansens, dans son J.-J. Rousseau als Musiker, Berlin 1884, pp. 472-473, mais avec les nombreuses lacunes et fautes de lecture qui caractérisent la plupart de ses publications de textes. » (Extrait des notes de Masson.)

Cited in De la grammatologie p.267