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Tristes Tropiques

Claude Lévi-Strauss

1955

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Epigraph

Tristes Tropiques

Claude Lévi-Strauss

1955

pp. 266-267

Elle [l'écriture] paraît favoriser l'exploitation des hommes avant leur illumination… L'écriture et la perfidie pénétraient chez eux de concert.

Cited in De la grammatologie p.145

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Footnote

Tristes Tropiques

Claude Lévi-Strauss

1955

pp. 260-271

Ce sont d'abord les Tristes tropiques, tout au long de cette « Leçon d'écriture » (ch. XVIII) dont on retrouve la substance théorique dans le second des Entretiens avec Claude Lévi-Strauss (G. Charbonnier) (Primitifs et civilisés). C'est aussi l'Anthropologie structurale (Problèmes de méthode et d'enseignement, notamment dans le chapitre disant le « critère de l’authenticité » p. 400). Enfin, de manière moins directe, dans La pensée sauvage, sous un titre séduisant, Le temps retrouvé.

Cited in De la grammatologie p.147

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Tristes Tropiques

Claude Lévi-Strauss

1955

p. 262

« On se doute que les Nambikwara ne savent pas écrire. »

Cited in De la grammatologie p.157

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Tristes Tropiques

Claude Lévi-Strauss

1955

p. 244

« Si faciles que fussent les Nambikwara – indifférents à la présence de l'ethnographe, à son carnet de notes et à son appareil photographique – le travail se trouvait compliqué pour des raisons linguistiques. D'abord l'emploi des noms propres est chez eux interdit ; pour identifier les personnes, il fallait suivre l'usage des gens de la ligne, c'est-à-dire convenir avec les indigènes des noms d'emprunt par lesquels on les désignerait. Soit des noms portugais, comme Julio, José-Maria, Luiza ; soit des sobriquets : Lebre (lièvre), Assucar (sucre). J'en ai même connu un que Rondon, ou l'un de ses compagnons, avait baptisé Cavaignac à cause de sa barbiche, rare chez les Indiens qui sont généralement glabres. Un jour que je jouais avec un groupe d’enfants, une des fillettes fut frappée par une camarade, elle vint se réfugier auprès de moi, et se mit, en grand mystère, à me murmurer quelque chose à l'oreille que je ne compris pas, et que je fus obligé de lui faire répéter à plusieurs reprises, si bien que l'adversaire découvrit le manège, et, manifestement furieuse, arriva à son tour livrer ce qui parut être un secret solennel ; après quelques hésitations et questions, l’interprétation de l'incident ne laissa pas de doute. La première fillette était venue, par vengeance, me donner le nom de son ennemie, et quand celle-ci s'en aperçut, elle communiqua le nom de l'autre, en guise de représailles. À partir de ce moment, il fut très facile, bien que peu scrupuleux, d'exciter les enfants les uns contre les autres, et d'obtenir tous leurs noms. Après quoi, une petite complicité ainsi créée, ils me donnèrent sans trop de difficulté les noms des adultes. Lorsque ceux-ci comprirent nos conciliabules, les enfants furent réprimandés, et la source de mes informations tarie. »

Cited in De la grammatologie p.158

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Tristes Tropiques

Claude Lévi-Strauss

1955

p. 244

« La première fillette était venue, par vengeance, me donner le nom de son ennemie, et quand celle-ci s'en aperçut, elle communiqua le nom de l'autre, en guise de représailles. À partir de ce moment, il fut très facile, bien que peu scrupuleux, d'exciter les enfants les uns contre les autres, et d'obtenir tous leurs noms. Après quoi, une petite complicité ainsi créée, ils me donnèrent sans trop de difficulté le nom des adultes. »

Cited in De la grammatologie p.162

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Tristes Tropiques

Claude Lévi-Strauss

1955

p. 244

« Lorsque ceux-ci comprirent nos conciliabules, les enfantes furent réprimandés, et la source de mes informations tarie. »

Cited in De la grammatologie p.163

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Footnote

Tristes Tropiques

Claude Lévi-Strauss

1955

p. 350

« … Si l'Occident a produit des ethnographes, c'est qu'un bien puissant remords devait le tourmenter » (« Un petit verre de rhum », Tristes tropiques, ch. 38).

Cited in De la grammatologie p.163

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Tristes Tropiques

Claude Lévi-Strauss

1955

p. 351

« le plus ethnographe des philosophes… notre maître… notre frère, envers qui nous avons montré tant d'ingratitude, mais à qui chaque page de ce livre aurait pu être dédiée, si l'hommage n'eût pas été indigne de sa grande mémoire »

Cited in De la grammatologie p.164

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Tristes Tropiques

Claude Lévi-Strauss

1955

p. 351

« … La seule question est de savoir si ces maux sont eux-mêmes inhérents à l'état [de société]. Derrière les abus et les crimes, on recherchera donc la base inébranlable de la société humaine. »

Cited in De la grammatologie p.165

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Tristes Tropiques

Claude Lévi-Strauss

1955

p. 260

Cited in De la grammatologie p.165

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Tristes Tropiques

Claude Lévi-Strauss

1955

pp. 259-260

« Pour moi, qui les ai connus à une époque où les maladies introduites par l'homme blanc les avaient déjà décimés, mais où – depuis les tentatives toujours humaines de Rondon – nul n'avait entrepris de les soumettre, je voudrais oublier cette description navrante, et ne rien conserver dans la mémoire que ce tableau repris de mes carnets de notes où je griffonnai une nuit à la lueur de ma lampe de poche : "Dans la savane obscure, les feux de campement brillent. Autour du foyer, seule protection contre le froid qui descend, derrière le frêle paravent de palmes et de branchages hâtivement planté dans le sol du côté d'où on redoute le vent ou la pluie ; auprès des hottes emplies des pauvres objets qui constituent toute une richesse terrestre ; couchés à même la terre qui s'étend alentour, hantée par d'autres bandes également hostiles et craintives, les époux,étroitement enlacés, se perçoivent comme étant l'un pour l'autre le soutien, le réconfort, l'unique secours contre les difficultés quotidiennes et la mélancolie rêveuse qui, de temps à autre, envahit l'âme nambikwara. Le visiteur qui, pour la première fois, campe dans la brousse avec les Indiens, se sent pris d'angoisse et de pitié devant le spectacle de cette humanité si totalement démunie ; écrasée, semble-t-il, contre le sol d'une terre hostile par quelque implacable cataclysme ; nue, grelottante auprès des feux vacillants. Il circule à tâtons parmi les broussailles, évitant de heurter une main, un bras, un torse, dont on devine les chauds reflets à la lueur des feux. Mais cette misère est animée de chuchotements et de rires. Les couples s'étreignent comme dans la nostalgie d'une unité perdue ; les caresses ne s'interrompent pas au passage de l'étranger. On devine chez tous une immense gentillesse, une profonde insouciance, une naïve et charmante satisfaction animale, et, rassemblant ces sentiments divers, quelque chose comme l'expression la plus émouvante et la plus véridique de la tendresse humaine." »

Cited in De la grammatologie p.166

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Citation

Tristes Tropiques

Claude Lévi-Strauss

1955

p. 42

Mots très durs aussi pour l'Essai sur les données immédiates de la conscience que Lévi-Strauss reproche à ses anciens maîtres de trop méditer au lieu d'étudier le Cours de linguistique générale de Saussure.

Cited in De la grammatologie p.167

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Tristes Tropiques

Claude Lévi-Strauss

1955

p. 260

Qui en général demandaient à voir quand on leur parlait « d'immense gentillesse », de « profonde insouciance », de « naïve et charmante satisfaction animale » et de « quelque chose comme l'expression la plus émouvante et la plus véridique de la tendresse humaine ».

Cited in De la grammatologie p.168

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Tristes Tropiques

Claude Lévi-Strauss

1955

pp. 372-373

« À sa manière, et sur son plan, chacun correspond à une vérité. Entre la critique marxiste qui affranchit l'homme de ses premières chaînes – lui enseignant que le sens apparent de sa condition s'évanouit dès qu'il accepte d'élargir l'objet qu'il considère – et la critique bouddhiste qui achève la libération, il n'y a ni opposition ni contradiction. Chacune fait la même chose que l'autre à un niveau différent. »

Cited in De la grammatologie p.170

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Tristes Tropiques

Claude Lévi-Strauss

1955

p. 262

« … leur accueil rébarbatif, la nervosité manifeste du chef, suggéraient qu'on leur avait un peu forcé la main. Nous n'étions pas rassurés, les Indiens non plus ; la nuit s'annonçait froide ; comme il n'y avait pas d'arbre, nous fûmes réduits à coucher par terre à la manière nambikwara. Personne ne dormit : on passa la nuit à se surveiller poliment. Il eût été peu sage de prolonger l'aventure. J'insistai auprès du chef pour qu'on procédât aux échanges sans tarder. Alors se place un extraordinaire incident qui m'oblige à remonter un peu en arrière. On se doute que les Nambikwara ne savent pas écrire ; mais ils ne dessinent pas davantage, à l'exception de quelques pointillés ou zigzags sur leurs calebasses. Comme chez les Caduveo, je distribuai pourtant des feuilles de papier et des crayons dont ils ne firent rien au début ; puis un jour, je les vis tous occupés à tracer sur le papier des lignes horizontales ondulées. Que voulaient-ils donc faire ? Je dus me rendre à l'évidence : ils écrivaient, ou plus exactement, cherchaient à faire de leur crayon le même usage que moi, le seul qu'ils pussent alors concevoir, car je n'avais pas encore essayé de les distraire par mes dessins. Pour la plupart, l'effort s'arrêtait là ; mais le chef de bande voyait loin. Seul, sans doute, il avait compris la fonction de l'écriture. »

Cited in De la grammatologie p.173

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Tristes Tropiques

Claude Lévi-Strauss

1955

pp. 262-263

« Seul, sans doute, il avait compris la fonction de l'écriture. Aussi m'a-t-il réclamé un bloc-note et nous sommes pareillement équipés quand nous travaillons ensemble. Il ne me communique pas verbalement les informations que je lui demande, mais trace sur son papier des lignes sinueuses et me les présente, comme je devais lire sa réponse. Lui-même est à moitié dupe de sa comédie ; chaque fois que sa main achève une ligne, il l'examine anxieusement, comme si la signification devait en jaillir, et la même désillusion se peint sur son visage. Mais il n'en convient pas ; et il est tacitement entendu, entre nous, que son grimoire possède un sens que je feins de déchiffrer ; le commentaire verbal suit presque immédiatement, et me dispense de réclamer les éclaircissements nécessaires. »

Cited in De la grammatologie p.177

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Tristes Tropiques

Claude Lévi-Strauss

1955

pp. 263-264

Après l'« extraordinaire incident », la situation de l'ethnologue reste précaire. Quelques mots en commandent la description : « séjour avorté », « mystification », «climat irritant », l'ethnologue se sent « soudain seul dans la brousse, ayant perdu [sa] direction », « désespéré », « démoralisé », il n'a « plus d'armes » dans une « zone hostile » et il agite de « sombres pensées ». Puis la menace s'apaise, l’hostilité s'efface. C'est la nuit, l'incident est clos, les échanges ont eu lieu  il est temps de réfléchir l'histoire,c'est le moment de la veille et de la remémoration. « Encore tourmenté par cet incident ridicule, je dormis mal et trompai l'insomnie en me remémorant la scène des échanges. »

Cited in De la grammatologie p.179

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Tristes Tropiques

Claude Lévi-Strauss

1955

p. 264

« L'écriture avait donc fait son apparition chez les Nambikwara mais non point, comme on aurait pu l'imaginer, au terme d'un apprentissage laborieux. »

Cited in De la grammatologie p.179

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Tristes Tropiques

Claude Lévi-Strauss

1955

p. 264

« Son symbole avait été emprunté tandis que sa réalité demeurait étrangère. Et cela en vue d'une fin sociologique plutôt qu'intellectuelle. Il ne s'agissait pas de connaître, de retenir ou de comprendre, mais d'accroître le prestige et l'autorité d'un individu – ou d'une fonction – aux dépens d'autrui. Un indigène encore à l'âge de pierre avait deviné que le grand moyen de comprendre, à défaut de le comprendre, pouvait au moins servir à d'autres fins. »

Cited in De la grammatologie p.180

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Citation

Tristes Tropiques

Claude Lévi-Strauss

1955

p. 264

« Après tout, pendant des millénaires et même aujourd'hui dans une grande partie du monde, l'écriture existe comme institution dans des sociétés dont les membres, en immense majorité, n'en possèdent pas le maniement. Les villages où j'ai séjourné dans les collines de Chittagong au Pakistan oriental, sont peuplés d'illettrés ; chacun a cependant son scribe qui remplit sa fonction auprès des individus et de la collectivité. Tous connaissent l'écriture et l'utilisent au besoin, mais du dehors et comme un médiateur étranger avec lequel ils communiquent par des méthodes orales. Or, le scribe est rarement un fonctionnaire ou un employé du groupe : sa science s'accompagne de puissance, tant et si bien que le même individu réunit souvent les fonctions de scribe et d'usurier ; non point seulement qu'il ait besoin de lire et d’écrire pour exercer son industrie ; mais parce qu'il se trouve ainsi, à double titre, être celui qui a prise sur les autres. »

Cited in De la grammatologie p.180

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Footnote

Tristes Tropiques

Claude Lévi-Strauss

1955

p. 352

Rappelant, dans « Un petit verre de rhum », que, « au néolithique, l'homme a déjà fait la plupart des inventions qui sont indispensables pour assurer sa sécurité. On a vu pourquoi on peut en exclure l'écriture », Lévi-Strauss note que l'homme d'alors n'était certes « pas plus libre qu'aujourd'hui. » « Mais sa seule humanité faisait de lui un esclave. Comme son autorité sur la nature restait très résuite, il se trouvait protégé et dans une certaine mesure affranchi par le coussin amortisseur de ses rêves. » Cf. aussi le thème du « paradoxe néolithique » dans La pensée sauvage (p. 22)

Cited in De la grammatologie p.181

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Tristes Tropiques

Claude Lévi-Strauss

1955

p. 265

« Après qu'on a éliminé tous les critères proposés pour distinguer la barbarie de la civilisation, on aimerait au moins retenir celui-là : peuples avec ou sans écriture, les uns capables de cumuler les acquisitions anciennes et progressant de plus en plus vite vers le but qu'ils se sont assigné, tandis que les autres, impuissants à retenir le passé au-delà de cette frange que la mémoire individuelle suffit à fixer resteraient prisonniers d'une histoire fluctuante à laquelle manquerait toujours une origine et la conscience durable d'un projet. Pourtant, rien de ce que nous savons de l'écriture et de son rôle dans l'évolution ne justifie une telle conception. »

Cited in De la grammatologie p.182

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Tristes Tropiques

Claude Lévi-Strauss

1955

p. 265

« Inversement, depuis l'invention de l'écriture jusqu'à la naissance de la science moderne, le monde occidental a vécu quelque 5 000 années pendant lesquelles ses connaissances ont flucturé plus qu'elles ne se sont accrues. » (Nous soulignons.)

Cited in De la grammatologie p.182

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Tristes Tropiques

Claude Lévi-Strauss

1955

p. 265

« Sans doute concevrait-on mal l'épanouissement scientifique du XIXe et du XXe siècle sans l'écriture. Mais cette condition nécessaire n'est certainement pas suffisante pour l'expliquer. »

Cited in De la grammatologie p.183

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Tristes Tropiques

Claude Lévi-Strauss

1955

pp. 265-266

« Si l'on veut mettre en corrélation l'apparition de l'écriture avec certains traits caractéristiques de la civilisation, il faut chercher dans une autre direction. »

Cited in De la grammatologie p.184

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Tristes Tropiques

Claude Lévi-Strauss

1955

p. 266

« Si mon hypothèse est exacte, il faut admettre que la fonction primaire de la communication écrite est de faciliter l'asservissement. »

Cited in De la grammatologie p.184

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Tristes Tropiques

Claude Lévi-Strauss

1955

p. 266

« Si l'écriture n'a pas suffi à consolider les connaissances, elle était peut-être indispensable pour affermir les dominations. Regardons plus près de nous : l'action systématique des États européens en faveur de l'instruction obligatoire, qui se développe au cours du XIXe siècle, va de pair avec l'extension du service militaire et la prolétarisation. La lutte contre l'analphabétisme se confond ainsi avec le renforcement du contrôle des citoyens par le Pouvoir. Car il faut que tous sachent lire pour que ce dernier puisse dire : nul n'est censé ignorer la loi. »

Cited in De la grammatologie p.186

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Tristes Tropiques

Claude Lévi-Strauss

1955

pp. 266-267

« Du plan national, l'entreprise est passée sur le plan international grâce à cette complicité qui s'est nouée entre de jeunes États – confrontés à des problèmes qui furent les nôtres il y a un an ou deux siècles – et une société internationale de nantis, inquiète de la menace que représentent pour sa stabilité les réactions de peuples mal entraînés par la parole écrite à penser en formules modifiables à volonté et à donner prise aux efforts d'édification. En accédant au savoir entassé dans les bibliothèques, ces peuples se rendent vulnérables aux mensonges que les documents imprimés propagent en proportion encore plus grande. » (Nous soulignons.)

Cited in De la grammatologie p.187

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Tristes Tropiques

Claude Lévi-Strauss

1955

p. 344

Comme il le notera quelque cent pages plus loin, « volontiers subversif parmi les siens et en rébellion contre les usages traditionnels, l'ethnographe apparaît respectueux jusqu'au conservatisme dès que la société envisagée se trouve être différente de la sienne. »

Cited in De la grammatologie p.188

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Tristes Tropiques

Claude Lévi-Strauss

1955

p. 267

« Sans doute les dés sont-ils jetés [il s'agit de l'évolution fatale dans laquelle sont déjà entraînés les peuples qui jusqu'ici étaient à l'abri de l'écriture : constat plus fataliste que déterministe. La concaténation historique est pensée sous le concept de jeu et de hasard. Il faudrait étudier la métaphore si fréquente de joueur dans les textes de Lévi-Strauss]. Mais dans mon village nambikwara, les fortes têtes étaient tout de même les plus sages » (Nous soulignons).

Cited in De la grammatologie p.189

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Tristes Tropiques

Claude Lévi-Strauss

1955

p. 267

« Ceux qui se désolidarisèrent de leur chef après qu'il eut essayé de jouer la carte de la civilisation (à la suite de ma visite il fut abandonné de la plupart des siens) comprenaient confusément que l'écriture et la perfidie pénétraient chez eux de concert. Réfugiés dans une brousse plus lointaine, ils se sont ménagé un répit. » (L'épisode de cette résistance est aussi raconté dans la thèse p. 89.)

Cited in De la grammatologie p.189